mercredi 16 mars 2016

Carnavalesque

"Et il se dit que l'on ne peut être totalement soi même qu'à partir du moment où l'on est totalement parmi les autres." (Milan Kundera, La vie est ailleurs)




Bruyantes, joviales, burlesques, 
Tournoient péniblement
Les feuilles de l'automne carnavalesque
Au-dessus de la marée, au dessous du firmament.

On les sent fébriles, mourantes, 
délivrant leurs derniers parfums,
Les fleurs distantes.
Moment délicieux où la vie prend fin.

Puis on contemple les sonorités des pas pressés,
On remarque les mines effarouchées des silhouettes,
Fuyant leurs ombres, là, dans le vacarme oppressé 
De la foule silencieuse. Le calme qui inquiète.

Rouge de teint, de noir vêtue, lancée sans frein,
La marée se déverse dans la bouche ravie
Du métro, dansant ce fol et sauvage refrain,
Celui du carnaval de la vie.

mardi 15 mars 2016

La France d'en bas

"J'ai un profond respect pour le mépris que j'ai des gens" (Pierre Desproges)



- On ne veut pas de migrants, occupez-vous d'abord de nos sdf!
- Ok on les installe dans le 16e
- On ne veut pas de sdf, occupez-vous d'abord des pauvres qui travaillent
- Ok on embauche des fonctionnaires
- On ne veut pas des fonctionnaires, ils sont trop payés. Occupez-vous des pauvres qui travaillent beaucoup.
- Ok, on lutte contre l'évasion fiscale
- Non, laissez les patrons investir en France, arrêtez de les taxer. On veut que vous vous occupiez des ouvriers et des agriculteurs
- Ok on va revoir les aides financières
- Non, il y a beaucoup d'assistés. On veut que vous vous occupiez des français de souche.
- Ok, on regardera les cartes d'identité.
- Non, il y en a beaucoup qui ne sont pas français
- Qui ça, "il y en a" ?
- Vous n'avez rien compris. On veut juste virer les bougnoules. C'est tout ce qu'on veut, mec.

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La France d'en bas, ce n'est pas celle qui oeuvres aux basses besognes du système, non. On peut être un entrepreneur exécrable un laveur de carreaux attachant. Tout est dans l'adhésion du peuple dans ces idées primaires de rejet. Lesquelles sont parfaitement contrôlées par le tube cathodique (ou l'écran plat, aussi plat que le contenu des programmes, d'ailleurs). La France d'en bas, c'est celle qui croit en l'inégalité des races, légitime l'inégalité sociale, se retourne contre ses pairs pour "exprimer sa colère", alors qu'il pourrait s'asseoir et lire un livre, apprendre qu'en détestant ses semblables, d'autres profitent de vous. En semant la division dans ses ouailles, le prédicateur capitaliste se repaît de leurs richesses. C'est tout cela , la France d'en bas: une pauvreté d'esprit, plus qu'une pauvreté financière; une faiblesse d'esprit, la vulgarité triomphante d'une émotion qui a renoncé à l'élévation de l'âme.

vendredi 11 mars 2016

Constant Guignard

   Les époux Guignard, mariés par amour, désiraient passionnément un fils. Comme si ce petit être tant souhaité voulait hâter l'accomplissement de leurs voeux, il vint au monde avant terme. Sa mère en mourut, et son père, ne pouvant supporter cette mort, se pendit de désespoir.

   Constant Guignard eut une enfance exemplaire mais malheureuse. Il passe son temps de collège à faire des pensums qu'il ne méritait pas, à recevoir des coups destinés à d'autres, et à être malade les jours de grande composition. Il finit ses études avec la réputation d'un cafard et d'un cancre. Au baccalauréat, il fit la version latine de son voisin, qui fut reçu, tandis que lui-même était expulsé des examens pour avoir copié.
    De si malencontreux débuts dans la vie eussent rendu mauvaise une nature ordinaire. Mais Constant Guignard était une âme d'élite, et, persuadé que le bonheur est la récompense de la vertu, il résolut de vaincre la mauvaise fortune à force d'héroïsme.
   Il entra dans une maison de commerce qui brûla le lendemain. Au milieu de l'incendie, comme il voyait son patron désolé, il se jeta dans les flammes pour sauver la caisse. Les cheveux grillés, les membres couverts de plaies, il parvint au péril de sa vie à enfoncer le coffre-fort et à en retirer toutes les valeurs.
   Mais le feu les consuma dans ses mains. Quand il sortit de la fournaise, il fut appréhendé au collet par deux sergents de ville; et un mois après on le condamnait à cinq ans de prison pour avoir essayé de s'approprier, à la faveur d'un incendie, une fortune qui ne courait aucun danger dans un coffre fort incombustible.

    Une révolte eut lieu dans la maison centrale où il était. En voulant secourir un gardien attaqué, il lui passa un croc-en-jambe et le fit massacrer par les rebelles. Du coup on l'envoya pour vingt ans à Cayenne.
    Fort de son innocence, il s'évada, revient en France sous un autre nom, pensa qu'il avait dépisté la fatalité et se remit à faire le bien.


    Un jour, dans une fête, il vit un cheval emporté qui entraînait une voiture droit dans le fossé du rempart. Il se jette à la tête du cheval, a le poignet tordu, la jambe cassée, une côté enfoncée, mais réussit à empêcher la chute inévitable. Seulement, l'animal rebrousse chemin, et va s'abattre au milieu de la foule, où il écrase un vieillard, deux femmes et trois enfants. Il n'y avait personne dans la voiture.
    Dégoûté cette fois des actes d'héroïsme, Constant guignard prit le parti de faire le bien humblement et se consacra au soulagement des misères obscures. Mais l'argent qu'il portait à de pauvres ménagères était dépensé par leurs maris; les tricots qu'il distribua à des ouvriers habitués au froid leur firent attraper des fluxions de poitrine; un chien errant qu'il recueillit donna la rage à six personnes du quartier; et le remplaçant militaire qu'il acheta pour un jeune homme intéressant vendit à l'ennemi les clefs d'une place forte.

    Constant Guignard pensa que l'argent fait plus de mal que de bien, et qu'au lieu d'éparpiller sa philanthropie, il valait mieux la concentre sur un seul être. Il adopta donc une jeune orpheline qui n'était point belle, mais qui était douée des qualités les plus rare qu'il éleva avec toutes les tendresses d'un père. Hélàs ! il fut si bon, si dévoué, si aimable pour elle qu'un soir elle se jeta à ses pieds et lui confessa qu'elle l'aimait. Il essaya de lui faire comprendre qu'il l'avait toujours considérée comme sa fille, et qu'il se croirait coupable d'un crime en cédant à la tentation qu'elle lui offrait. Il lui démontra paternellement qu'elle prenait pour de l'amour l'éveil des sens, et il lui promit d'ailleurs qu'il obéirait à cet avertissement de la nature en lui cherchant au plus vite un époux digne d'elle. Le lendemain, il la trouva couchée en travers de sa porte, un couteau dans le coeur.

    Pour le coup, Constant Guignard renonça à son rôle de petit manteau bleu, et se jura que dorénavant, pour faire le bien, il se contenterait d'empêcher le mal.
    A quelque temps de là, il fut mis par le hasard sur la piste d'un crime qu'un de ses amis allait commettre. Il aurait pu le dénoncer à la police; mais il aima mieux tenter d'entraver le crime sans perdre le criminel. Il se mêla donc intimement à l'action qui se préparait, parvint à en saisir tous les fils, et attendit le moment précis de tout déjouer en arrangeant tout. Mais le coquin qu'il voulait ménager vit clair dans son jeu, et combina l'affaire de telle sorte que le crime fut commis, le criminel sauvé, et Constant Guignard arrêté.

    Le réquisitoire du procureur contre Constant Guignard fut un chef-d'oeuvre de logique. Il rappela toute la vie de l'accusé, son enfance déplorable, ses punitions, son expulsion des examens, l'audace de sa première tentative de vol, sa complicité odieuse dans la révolte de la maison centrale, son évasion de Cayenne, son retour en France sous un faux nom. A partir de ce moment surtout, l'orateur atteignit le plus haut degré de l'éloquence judiciaire. Il stigmatisa cet hypocrite de bonté, ce corrupteur de ménages honnêtes, qui pour assouvir ses passions envoyait les maris au cabaret boire son argent, ce faux bienfaiteur qui cherchait par des présents nuisibles à capter une popularité malsaine, ce monstre caché sous le manteau d'un philanthrope. Il approfondit avec horreur la perversité raffinée de ce scélérat qui recueillait des chiens enragés pour les lâcher sur le monde, de ce démon, aimant le mal pour le mal, qui risquait de se faire estropier en arrêtant un cheval emporté, et pourquoi? pour avoir l'épouvantable jouissance de le voir se ruer dans la foule et écraser des vieillards, des femmes, de pauvres petits enfants. Ah! un tel misérable était capable de tout! Sans nul doute il avait commis bien des crimes qu'on ne connaîtrait jamais. Il y avait mille raisons de croire qu'il avait été complice de ce remplaçant acheté par lui pour trahir la France. Quant à cette orpheline qu'il avait élevée et qu'on avait trouvée un matin tuée à sa porte, quel autre que lui pouvait l'avoir assassinée? Ce meurtre était à coup sûr l'épilogue sanglant d'un de ces drames infâmes faits de honte, de débauche et de fange qu'on ose à peine remuer. Après tant de forfaits il n'était même pas besoin de s'appesantir sur le dernier crime. Ici, malgré les dénégations impudentes de l'accusé, il y avait évidence absolue. Il fallait donc condamner cet homme avec toutes les rigueurs de la loi. On punissait justement, et on ne saurait trop punir. On avait affaire non seulement à un grand criminel, mais à un de ces génies du crime, à un de ces monstres de malice et d'hypocrisie qui font presque douter de la vertu et désespérer de l'humanité.
    Devant un pareil réquisitoire, l'avocat de Constant Guignard ne pouvait plaider que la folie. Il le fit de son mieux, parla de cas pathologiques, disserta savamment sur la névrose du mal, représenta son client comme un monomane irresponsable, comme une sorte de Papavoine inconscient, et conclut en disant que de telles anomalies se traitaient à Charenton plutôt que sur la place de la Roquette.
    Constant Guignard fut condamné à mort à l'unanimité.
    Des hommes vertueux que la haine du crime rendait féroces furent transportés de joie et crièrent bravo.


    La mort de Constant Guignard fut comme son enfance, exemplaire mais malheureuse. Il monta sur l'échafaud sans peur et sans pose, avec une sérénité de martyr que tout le monde prit pour une atonie de brute. Au moment suprême, sachant que son bourreau était pauvre et père de famille, il lui annonça doucement qu'il lui avait légué toute sa fortune, si bien que l'exécuteur ému s'y reprit à trois fois pour couper le cou de son bienfaiteur.
   Trois mois plus tard, un ami de Constant Guignard apprit en revenant d'un lointain voyage la triste fin de cet honnête homme dont il connaissait seul les mérites. Pour réparer autant qu'il le pouvait l'injustice du sort, il acheta une concession à perpétuité, commanda une belle tombe, en marbre et écrivit une épitaphe pour son ami. Il mourut le lendemain d'un coup de sang. Néanmoins, les frais ayant été payés d'avance, le guillotiné eut son sépulcre. Mais l'ouvrier chargé de graver l'épitaphe prit sur lui de corriger une lettre mal formée sur le manuscrit. Et le pauvre homme de bien, méconnu pendant sa vie, gît dans la mort avec cette épitaphe à perpétuité:

                                            Ci-gît Constant Guignard
                                                    Homme de rien.


         Jean Richepin, 
Les Morts bizarres, 1877.

Sonnet honteux

(tiré de La légende des sexes, d'Edmond Haraucourt)

                                      A Emilie Goudeau

L'anus profond de Dieu s'ouvre sur le Néant,
Et, noir, s'épanouit sous la garde d'un ange.
Assis au bord des cieux qui chantent sa louange,
Dieu fait l'homme, excrément de son ventre géant.

Pleins d'espoirs, nous roulons vers le sphincter béant
Notre bol primitif de lumière et de fange;
Et, las de triturer l'indigeste mélange,
Le Créateur pensif nous pousse en maugréant.

Un être naît: salut! Et l'homme fend l'espace
Dans la rapidité d'une chute qui passe:
Corps déjà disparu sitôt qu'il apparaît.

C'est la Vie: on s'y jette, éperdu, puis on tombe;
Et l'Orgue intestinal souffle un adieu distrait
Sur ce vase de nuit qu'on appelle la tombe.

mardi 8 mars 2016

La comédie humaine

" Les êtres vont d'une comédie vers une autre. Entre-temps la pièce n'est pas montée, ils n'en discernent pas encore les contours, leur rôle propice, alors ils restent là, les bras ballants, devant l'événement, les instincts repliés comme un parapluie, branlochants d'incohérence, réduits à eux-mêmes, c'est-à-dire rien. Vaches sans train".

(Céline, Voyage au bout de la nuit).

Seul au monde

Non, je ne vais pas parler de la chanson de l'inénarrable Corneille (le chanteur), mais bien du film d'aventures, avec Tom Hanks, campant le rôle d'un Robinson intrépide et moderne à la fois. Seul au monde, c'est une curieuse métaphore, celle de cet état de nature oublié, mais qui est intrinsèque à notre espèce. Délire Rousseauiste de la condition humaine ou nécessaire remise en question des fondements de nos sociétés anthropisées, coupées de l'essence même du monde? Le Robinson moderne n'est-il pas cette quête philosophale vers ces terres oubliées, la rédemption du marchand obsédé par l'enrichissement personnel vers la terre promise? 

La nature, celle qui enlève la vie dans d'inconsolables colères climatiques, et c'est celle qui dans le même temps préserve l'existence humaine, se laisse meurtrir par elle, témoigne des stigmates de la barbarie civilisée. La nature, c'est cette entité que naguère déifiaient les Stoïciens, idolâtres sans icône, écologistes avant l'heure, déterministes éveillés.

L'illusion (du) comique

"L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire" (Friedrich Nietzsche)




Et voilà. Nouvelle étape dans ma vie. Cette vie passée à créer dans l'anonymat le plus total. A faire de la musique que personne n'écoute, à écrire sur un blog où personne n'échoue. Et à dessiner ... Ah si, pour voir mes dessins, il y a du monde. 


Le moment est venu de vous livrer une partie de moi. Le gars qui dessine, c'est moi. Le gars qui fait le con sur les réseaux sociaux, c'est aussi moi. Ah oui, et je suis aussi prof des écoles. Un travailleur honnête et dévoué au service de l'Education Nationale, mais surtout au service des enfants, ces êtres pleins de vie, d'envie et d'insouciance, ces autres moi que j'ai dû quitter pour devenir un adulte. Mais dans la vraie vie, aujourd'hui, je ne fais pas l'idiot. Je pleure. Comme un con, certes, mais sans le vouloir, cette fois. Oui, je pleure, comme tout le monde, car j'ai pas eu le temps d'en rire avant. Ou peut-être est-ce trop dur, parce je n'ai pas le recul nécessaire pour comprendre ce qui m'arrive brutalement en ce moment-même. Alors je continue de dessiner, de rire de la vie, de son cynisme, avec la même fougue et le même gai désespoir qui fait peut-être la seule force de mes dessins.

Parfois, il m'arrive de me demander si ce blog sera l'unique testament de mon for intérieur, le reliquat des émanations de ma complexe personnalité, de ce subconscient torturé, sensible et dérangé. Volatile testament, voué à se perdre dans l'infini trou noir de la toile, ou révélateur subversif de l'absurdité du monde? Quoiqu'il en soit, l'heure est venue de livrer au monde le fruit de toutes ces réflexions, créations, esquisses, de la plus matérialiste des manières: un livre. Publication à venir. 


JO dessinateur. Une autre facette de moi. Le gars cool, qui dessine, fait marrer les gens, même dans la légende de ses dessins, toujours pince-sans-rire, enclin au jeu de mot parfois foireux, parfois subtil. Carapaces virtuelles de sa triste vision du monde, dont je préfère rire, comme disait Beaumarchais, plutôt que d'en pleurer. Ce JO-là, c'est le JD de ce blog, une personnalité à moitié fictive. Seul l'humour est authentique. Par-delà les followers, les fans et autres commentaires, on est seul. On aimerait vivre de ses passions, mais on travaille, comme tout le monde, dans le vain espoir qu'un jour, la vraie vie commencera. Malgré tous mes écrits, mes dessins stupides, je me suis résigné à cette cruelle vérité: la vie telle que l'entend le commun des mortels, c'est ça. Une survie qui ne dit pas son nom. Je vais donc tenter, à défaut d'accepter cette sentence déraisonnable (peut-être parce que justement rationnelle), accomplir ce geste un peu symbolique de l'écriture et la publication de ce livre, cette partie de moi, ce concentré de bêtise et de joie, tant partagé sur les réseaux sociaux.

Ne cherchez pas quelque effet de style, une assonance perdue dans l'écho de ces tristes paroles, voyez-y au contraire l'émanation brute de ma pensée, au sortir du lit, en ce jour où la vie veut me prendre un être cher, mais qui n'aura, comme toujours, qu'un dessin cynique en guise de refus.

lundi 7 mars 2016

Monde

La vie.
Le monde,
Ses funestes desseins,
Sa beauté paradoxale, me coupe, un instant,

L'envie.
L'immonde,
A travers mes dessins,
Retrouve un écho, dérisoire, mais constant.


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Cet écho, c'est celui du cynisme, c'est celui de l'infâme,
Mais c'est aussi celui de l'énergie, du rire, cette flamme,
Qu'entretient, chaque jour, la frénétique actualité.
Et moi, je mets en rire sa potentielle mélancolie, alité,
                                               
Dans les profondeurs de mon fauteuil. La vie,
J'en donne, avec la plus grande obsession, l'avis
Celui qui tourmente les insoumis du monde,
Comme ceux qui croient toujours que la terre est ronde.






dimanche 6 mars 2016

Réveil

"Si j'avais eu le pouvoir de ne pas naître, je n'eusse sans doute pas accepté la vie à des conditions aussi ironiques". (Dostoievski, L'idiot)




          Une ombre, de plus en plus grande envahissait mes rêves, me poursuivait, je me hâtais d'y échapper, mais rien à faire, elle me regagnait, finissait par me dévorer, m'absorbait, me noyait... Au milieu de ces silencieuses angoisses, je me suis réveillé.


        C'est alors que le vrai rêve commençait: la vie. Dans ses obscures sinuosités, son irrationnelle cruauté, elle est là, s'offre à nous, hypnotise les soumis, défie l'insubordination. L'enfer des rêveries nocturnes se mue alors en un refuge.

Turpitudes de la vie

"La vie est une nacelle dont l'homme est le rameur". (Commerson)



La vie, la vraie. C'est celle qui commence dès aujourd'hui. Dans un cynisme assourdissant, elle a lancé un défi, avec son amie de toujours, la mort. Un défi à ceux qui n'ont pas daigné répondre à sa mauvaise foi, à son injustice. Les échos machiavéliques de sa sinistre existence m'atteignent enfin. 

Cette insouciance qui alimenta tant d'articles sur ce blog, que le peu de lecteurs aura eu le courage de lire, et qui fait de moi cette personne un peu rêveuse et idéaliste, a pris momentanément fin. Momentanément, car, passé le choc d'une nouvelle qui prouve (s'il en était besoin) le mépris cynique de la vie pour ceux qui l'aiment, le courage renaîtra, pour lutter contre ce moulin à vent qu'est la vie, ou plutôt la mort. Enfin, les deux quoi. La vraie vie, c'est elle, c'est donc ceci. Apprendre à souffrir. Accepter la mort. Accepter. Ce mot m'est si peu familier. Nourri par l'indignation, la révolte et l'insoumission, il faut donc se résoudre à cette puérile sentence: "c'est la vie". Je me suis d'ailleurs toujours demandé si cette phrase ne dénotait pas, au contraire, un déni de réalité plus violent que le plus doux idéalisme. Mais passons, il faut savoir accepter que la vie, c'est d'abord la mort, ou du moins son attente. Et pour conjurer ce funeste fatalisme, il faut questionner. Se questionner. La vie a-t-elle un sens lorsqu'elle est occupée à travailler? Est-ce ceci, le refus de se résigner? Travailler pour les autres? Laisser échapper sa vie pour gagner de l'argent? Est-ce accepter la vie telle qu'elle est que de l'occuper des journées entières au labeur? N'est-ce pas, au contraire, un coup de pouce au fatalisme? On m'a dit que la vie était une maladie mortelle. C'est vrai. Et on l'occupe à de futiles activités pour oublier que l'on est mortel. Mais la vie est surtout mépris. La vie est méprise. Non, ne croyez pas en mon présumé pessimisme. Ou on l'est tous. Non. Je tente simplement de comprendre ce qu'aucune science ne peut résoudre: l'injustice.

absurdités visuelles


Cadavre exquis




La rêverie de ma plaisanterie attache le dormeur avec volupté