Ceci est la retranscription d'un article savoureux, au style raffiné et d'une lumineuse évidence: la supériorité du chat sur le chien (à retrouver sur: http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2013/01/10/de-la-superiorite-du-chat-sur-le-chien/)
Le chien est le meilleur ami de l’homme. Et c’est bien normal. Vu le degré d’intelligence affiché par un brave toutou, comment ne pas comprendre combien cela peut être rassurant pour l’homme d’avoir trouvé un compagnon envers lequel il peut pour une fois afficher une indéniable supériorité intellectuelle.
Le chien est bête.
C’est un fait. Et ce n’est pas de sa faute.
A part lever la papate, redresser le museau quand on l’interpelle, ramener la baballe aux pieds de son maître, aboyer comme un dératé au moindre son inconnu de son répertoire linguistique, japper à fissurer les murs quand on le laisse seul, pisser au pied d’un arbre, un chien a l’intelligence d’une carpe farcie.
Sans oublier cette insondable tristesse que dégage son déchirant regard. Cette désespérance transie qui transpire de ses yeux mouillés de chagrin, cette supplication adressée vers son maître de ne point l’abandonner, cette attitude de renoncement, d’abdication, d’asservissement, autant de signes qui prouvent scientifiquement que si la vie ne vaut rien, le chien vaut encore moins.
Le chat lui, étincelle d’intelligence et de malice.
Le chat sait.
Les mystères de l’existence n’ont plus de secret pour lui. Il connaît de toute éternité la veulerie de l’homme, son infinie insignifiance, sa féroce médiocrité. Il nous toise de son regard perçant qui nous met à nu et semble nous dire ” mais comment fais-tu pour être aussi crétin ? Tu as pris des cours du soir ou c’est de naissance ? ”
Le chat ne répond jamais à nos attentes. Ce n’est pas son rôle. Il n’est pas de notre monde. Il lévite à des latitudes si élevées qu’il nous est par essence inaccessible. Il représente le mystère absolu, la quintessence métaphysique de nos errements existentiels, la preuve irréfutable qu’il existe d’autres mondes auquel notre intelligence rapiécée ne peut prétendre accéder.
Et quand il consent à venir nous visiter, c’est plus par commisération envers notre triste sort que par souci de trouver du réconfort. S’il se laisse caresser, c’est pour nous rassurer et nous prouver que nous ne sommes pas complètement des bons à rien. S’il feint de ronronner d’aise, c’est juste pour qu’on puisse s’attendrir sur nous-mêmes et nous dire que l’on est encore capable de dispenser un peu d’amour.
Le chien lui n’a pas de vie intérieure. Entre deux absorptions de pâtés, il se vautre dans un sommeil lourd comme une porte de prison. Et s’il claque parfois de la langue dans sa torpeur endormie c’est juste pour tenter d’attraper sans succès une mouche qui passait par là.
Le chat lui, possède un imaginaire enflammé.
A le regarder se tortiller pendant ses plages de repos, à voir ses moustaches frémir, son museau frissonner, on se doute bien qu’il n’est pas en train de se demander ce qui pourra bien faire plaisir à cette andouille qui se prend pour son maître.
Dans ses rêves toujours tourmentés, le chat redevient ce chasseur qu’il n’a jamais cessé d’être. Un vrai chasseur. Pas un prédateur de balles de tennis comme l’autre corniaud de basset mais un véritable félin usant de mille et unes malices pour s’emparer de sa proie.
Le chat à une vie intérieure si intense qu’il arrive même pleinement réveillé à se persuader que le salon où on l’a condamné à vivre n’est en fait qu’une jungle déguisée hantée de dangereux carnassiers qu’il s’en va pourchasser toutes griffes dehors.
Il suffit de voir un chat piquer un sprint soudain entre la cuisine et la salle de bain, grimper au rideau, prendre d’assaut la commode de l’entrée, se faufiler sous le lit de la chambre à coucher, repartir explorer les catacombes du placard à chaussures, pour comprendre qu’il souffre d’un mal encore plus profond que celui de Raskolnikov.
Le tout sous le regard ahuri du toutou bonnasse qui ne comprend que goutte à ses fulgurances et s’en va vers sa gamelle voir si le miracle de la multiplication des croquettes ne s’est pas opéré.
Dieu a donné aux hommes le chien pour qu’ils se sentent un peu moins seul. Le chat lui, a crée Dieu pour nous consoler de n’être que des hommes.


