jeudi 17 avril 2014
Ventana
Je vois la pluie tomber, ici devant moi. Je vois ces gens comme je peux voir les feuilles tomber de ce chêne, au fond du jardin, de l'autre côté de la rue. Entendez-vous les gouttes de pluie frapper le sol, sentez-vous leur douceur? Avez-vous senti souffler le vent d'automne, l'avez-vous vu dérober leurs dernières feuilles aux arbres grisonnants? Moi non. Je ne sens ni n'entends rien, ou pas comme vous. Derrière ma fenêtre, je contemple. Vous ressentez peut-être, vous, mais vous n'êtes pas derrière cette fenêtre. Vous allez me dire qu'il est facile d'ouvrir une fenêtre. Moi, je n'ai pas envie de l'ouvrir. Je n'ai pas envie de découvrir ce qui se trouve, ce qui se cache, ce qui m'attend de l'autre côté. Ce n'est pas que je suis bien ici, chez moi; je ne me sens pas plus en sécurité ici que là-bas, "dehors". D'ailleurs, me sentirais-je meilleur de l'autre côté, à l'extérieur? A m'imaginer tout un tas d'aventures là-bas, c'est finalement ici l'extérieur. Cette fenêtre est peut-être fermée, mais elle est bien plus ouverte que la votre. Je vois que cette vitre n'est pas anodine, elle n'est pas innocente à mes rêveries, à mes vies nocturnes, à mes réflexions secrètes. Je m'aperçois qu'elle est aussi la gardienne de mes secrets inavouables, la confidente. Elle est la seule qui partage mes secrets clandestins sans me regarder de travers, sans me juger. Elle est ma moitié inavouable. Et c'est à travers elle que j'imagine le bruit de la pluie ou la froideur du vent d'automne. On est peut-être en été, qui sait? Peut-être que les arbres déshabillés par l'automne seraient une bourrasque annonciatrice d'orages... Qu'importe, je me plais à dire que l'on est en automne. Aucun risque d'être frustré, je n'ouvrirai jamais cette fenêtre, soudain trop heureux de réaliser le pouvoir qu'elle m'offre. Au fond, je saurai toujours ce qui se passe à l'extérieur, mais vous, qui êtes là-bas, ne saurez pas ce que j'y vois.
Une cigarette
Qu'il est beau, ce ciel étoilé; toutes ces étoiles
plus étincelantes les unes que les autres. Un enchantement sans égal, un rêve
éveillé, qui nous enivre tendrement. Et cette lueur rouge qui scintille, se
confond dans le lointain. Ma clope. Si belle et si tendre. Si brillante. Si
chaude. Qui se consume.
Se consume
Se consume.
Oh ma tendre et douce.
Réchauffe moi le coeur.
Panse moi les douleurs.
Fais-moi sourire.
C'est fou ce qu'on peut trouver de réconfort dans ce cylindre d'à peine 8cm de long...
Se consume
Se consume.
Oh ma tendre et douce.
Réchauffe moi le coeur.
Panse moi les douleurs.
Fais-moi sourire.
C'est fou ce qu'on peut trouver de réconfort dans ce cylindre d'à peine 8cm de long...
La marée
Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer
De l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,
Je l’entends dans le rire énorme de la mer.
Baudelaire, Spleen et Idéal, LXXIX
« Obsession ».
La mer était
calme, paisible, endormie. Elle se fondait dans le paysage monotone,
accueillant ça et là des vagues perdues, épousant une forme hétérogène et unie
à la fois. L’écume qu’elle rejetait était invariablement remplacée par une
autre, plus forte encore et offrait un spectacle des plus étranges. Je me
demandai à quel point l’océan pouvait se mouvoir, épouser toutes les formes
possibles, courir si désespérément sans but, avec un silence angoissant.
L’horizon était invisible, comme occulté par quelque perturbation incommodante.
Dans un mouvement soudain, je fus happé par une vague, accroché par ses
vigoureux tentacules, et projeté dans l’abîme de cette mer, qui avait perdu de
sa tranquillité. On eût dit qu’une tempête avait brusquement réveillé cet espace
silencieux, provoquant sa fureur de façon spectaculaire. Je fus pris d’un
malaise. Je me suis toujours demandé pourquoi la mer causait de telles nausées.
Etait-ce l’appréhension de ses profondeurs inconnues et inégales, ou bien
était-ce une aversion du flux ininterrompu et chaotique de ses
ondulations ? La force avec laquelle je fus emporté me laisse croire à la
seconde supposition. Cette masse informe me poussait, me tirait, m’interpellait,
- il me semblait même saisir vaguement certains mots -, m’agressait de toutes
parts, tant et si bien que je dus l’éviter en me contorsionnant, espérant me
défaire de ses griffes. Mon esprit se troublait, il me semblait maintenant
saisir clairement certaines invectives, dont je semblais être le destinataire.
« Poussez-vous », « Pardon » fusaient ça et là, au milieu
du flux ininterrompu des vagues, grandes, minces, froides et déterminées, qui
s’enchevêtraient autour de moi, comme pour m’emprisonner. Mais il me semblait après
coup qu’elles tentaient de me dépasser, car il semblait bien que je gênais leur
course exaspérée au sommet de cette pente. Qu’y avait-il de l’autre côté ?
Je n’ignorais. Et je n’avais nul désir de l’apprendre. Mais inévitablement j’y parvins, et ce
spectacle absurde devint plus vaste encore. Les vagues étaient déchaînées,
elles ne couraient plus, non, elles se jetaient au-delà des barrières, dans la
vaine intention d’atteindre leur but – en avaient-elles seulement un ?
Tout cela me dépassait. Je demeurai debout, face au ballet irrationnel de cette
marée furieuse, qui chuchotait, errait, suivait le cours imperturbable de son
absurde existence, et qui disparaissait derrière les barrières, avant de
reparaître, aussi maladroite et impétueuse, au pied de ce mur.
« Pardon », « Pfff, poussez-vous » éructait-on dans mon
dos, mais je ne voyais que cette masse curieusement uniforme, parcourue de
quelques inégalités mais revêtue d’une couleur sombre, morne et même
étonnamment sinistre. Une vague, sans doute plus féroce que les précédentes,
porta son coup de grâce, me projetant à terre. Il me semblait à présent que
l’on m’épiait. Des vagues passèrent au-delà de ma tête, d’autres s’arrêtaient à
mes pieds, manifestement gênées, et me contournaient tout aussi
imperturbablement qu’avant leur halte inopportune. D’autres encore riaient,
sournoises et invisibles, en continuant leur course dans l’abîme, au-delà des
barrières. Enfin des vagues s’égaraient de toutes parts, échappant à leur
funeste destin dans une dernière tentative. Les vagues avaient désormais un
visage ; j’apercevais même le sourire bête mais innocent de celui-ci
s’afficher sur sa mine accablée ; on eût dit un malheureux qui assistait à
un enterrement affublé d’un accoutrement pour clowns. Cet autre-là me
dévisageait avec un dégoût involontaire, comme s’il eût été pris lui aussi, de
nausées. Je détournai le regard tant la vue de ce visage admirablement insolent
m’écœurait. Un autre au fond lisait, d’un regard éteint, les nouvelles du jour
sur un bout de papier ; il était aussi expressif qu’un poisson hors de l’eau.
Tous, du reste, étaient pareils à des poissons que l’on eût privés d’eau. Une
longue et interminable apnée vers les barrières, qu’ils redécouvraient chaque
jour avec une satisfaction identique. Les visages supplantaient peu à peu les
vagues, mais suivaient le même mouvement curieux et irréfléchi, se confondaient
avec elles, resurgissaient et s’immergeaient à nouveau dans le chaos des vagues.
Les barrières s’ouvraient et se refermaient, dans un rythme effréné et tout
aussi furieux que les figures. Abattu mais non moins stupéfait, je me relevai,
sortis ma carte et me dirigeai vers les barrières qui me menaient au métro.
Elle savourait dangereusement les méandres de l'amour,
Faisait naître ces larmes comme une douce tragédie,
Et d'un tendre égoïsme ignorait ces vils pleurs de nuit comme de jour
Dont l'infâme impudeur amplifiait la mélodie.
Ainsi affranchie de toute servitude sentimentales,
De même qu'elle se résignait à survivre, au royaume des pleurs,
Il s'évertuait à se délivrer de cette prison de métal,
A savourer ne fût-ce un instant, aux voluptés du bonheur.
Dans une illusoire tendresse il ferma les yeux, voué à sa quête.
Au-delà du monde matériel il s'envolait tendrement.
Si l'Homme, dans sa nature est un néant à l'égard de l'infini, sa conquête
S'avérait fructueuse. Cette tendresse infinie, teintée
D'illusions, soufflait l'air nouveau, dans une grâce inégalée,
Avant d'ouvrir les yeux, d'abdiquer face à sa cruelle réalité.
Faisait naître ces larmes comme une douce tragédie,
Et d'un tendre égoïsme ignorait ces vils pleurs de nuit comme de jour
Dont l'infâme impudeur amplifiait la mélodie.
Ainsi affranchie de toute servitude sentimentales,
De même qu'elle se résignait à survivre, au royaume des pleurs,
Il s'évertuait à se délivrer de cette prison de métal,
A savourer ne fût-ce un instant, aux voluptés du bonheur.
Dans une illusoire tendresse il ferma les yeux, voué à sa quête.
Au-delà du monde matériel il s'envolait tendrement.
Si l'Homme, dans sa nature est un néant à l'égard de l'infini, sa conquête
S'avérait fructueuse. Cette tendresse infinie, teintée
D'illusions, soufflait l'air nouveau, dans une grâce inégalée,
Avant d'ouvrir les yeux, d'abdiquer face à sa cruelle réalité.
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