mercredi 20 janvier 2010

extrait de "mort aux cons" (Carl Aderhold)

Le narrateur, tueur de con désormais confirmé (milieu de l'oeuvre) émet diverses hypothèses au sujet de ses victimes, déjà nombreuses...

Pour qui sait regarder, je veux dire pour qui porte son attention sur ce type de situation -l'abus de pouvoir-, l'expérience est édifiante, voire effrayante. Tenez, prenons l'exemple d'un serveur de restaurant. Vous riez? Il a pourtant un pouvoir, un minuscule, je vous l'accorde, mais néanmoins bien réel: celui de prendre votre commande, plus ou moins vite, selon que votre tête lui revient ou pas. Il n'est pas jusqu'à sa façon de vous demander ce que vous boirez qui ne vienne vous le rappeler. Une bouteille et vous serez bien servis, une carafe d'eau et vous devrez lui courir après tout le reste du repas. Je sais de quoi je parle. Je ne compte plus les fois où, délibérément, il s'occupe des gens de la table d'à côté, alors qu'ils sont arrivés bien après moi. Sans oublier la façon dont il s'arrange pour ne pas croiser mon regard ou faire semblant de ne pas voir mes appels.

Remarque: Vous pensez sans doute qu'en fait, ma toute nouvelle aptitude à les débusquer, mon attention désormais déguisée, m'amenait à voir des cons partout. La réalité est tout autre. Je fais partie de ces gens qui en raison de leur gentillesse ou de leur timidité, ou bien encore de leur apparente différence, attirent à eux les cons aussi sûrement autant que l'aimant la limaille. Je suis un véritable attrape-cons. Avec moi ils trouvent un terrain privilégié pour afficher leur assurance et conforter leur sentiment de supériorité, ils peuvent se laisser aller à de faciles railleries, ou s'autoriser à me donner des conseils, sans que je ne leur aie rien demandé.

Cheminement des idées : dire - retourner- allumer- être- revenir- jouer- pleurer- tomber- (couvrir)- chanter

J'ai quelque chose à vous dire, et je vous conseille de m'écouter. Vous en serez retournés, chers amis. J'ai entendu dire que depuis mon départ fortuit, rien n'est plus pareil. Il paraît même que personne ne s'entend plus. Venez donc me voir afin de régler vos démêlés, allumons un barbecue et discutons posément autour du feu. Cela ne peut plus durer. Peu importe le nombre que vous soyez, ma demeure sera toujours ouverte. Enfin, façon de parler... Mais l'on me rend souvent visite, alors pourquoi pas vous. Enfin, visites... pas toujours agréables, quelquefois, il arrive à mon humble demeure d'être l'objet de défécations ou servir d'urinoir. Bref vous serez les bienvenus. Je dois tout de même vous prévenir qu'elle n'est pas des plus confortables, je m'y sens moi-même , de temps à autre, à l'étroit; vous n'en reviendrez peut-être pas. Bref, nous en parlerons au moment venu. Mes voisins eux-mêmes sont proches, plus que ne vous l'êtes entre vous croyez-moi. J'en suis d'autant plus affligé quand je vous vois vous chamailler comme vous le faites, et pleurez comme des enfants. Moi ça fait longtemps que j'ai passé ce cap... Bref tout cela me révolte un peu. D'autant que le vacarme que vous produisez m'indispose énormément ici-bas. Ne croyez pas que mes murs sont insonorisés. Vous savez, on a beau m'avoir creusé un trou de deux mètres de profondeur, j'entends quand même vos querelles. Alors de grâce, ne tombez pas dans la bêtise, tant qu'il est encore temps. Je vous enjoins de venir me voir quand bon vous semblera. Et vous retrouverez le sourire, d'être en vie, déjà, d'être au chaud, d'avoir une maison bien à vous... Vous chanterez la vie tant vous la découvrirez. Et vous n'aurez plus à entendre mes plaintes. Ah... et j'allais oublier: mon adresse, c'est en haut de la rue, juste au cimetière, à la troisième rangée. Vous ne vous y perdrez pas, c'est la seule tombe sur laquelle est inscrit "Prière de ne pas déranger".
Mes funestes salutations. ;)

jeudi 14 janvier 2010

*Silencio* (sélectionner l'espace vide ci-dessous pour lire le texte^^)

Le silence est la meilleure sottise que l'Homme ait pu accomplir dans sa sombre existence. Ainsi soit-il. Mais le silence est aussi sa pire phobie, sa crainte la plus folle. Car elle blesse malgré elle. Il l'avait bien compris, bien malgré lui aussi. Personne ne l'entendait, ni même ne l'écoutait. C'est tout juste si les murs l'écoutaient. Personne ni rien ne pouvait ni ne pouvait entendre ses mots, ses plaintes, ses déclarations d'amour. Il en venait même à se demander s'il était en vie. Il l'espérait en tout cas, car il pourrait y mettre fin. Dans le silence. Cela aussi l'effraya. Le silence l'entourait, au milieu des rires, des pleurs, de toute cette cacophonie. Il l'avait compris. Le silence était son pire ennemi. Pire que le rien, le silence ne lui répondait pas, et même au milieu d'une foule démesurée, il n'entendait que ses pleurs, ses questions, ses craintes, ses peines, et ses larmes. Cela ne faisait renforcer que sa solitude déjà endurcie avec le temps et la souffrance, mais pis encore, elle s'était forgée avec ses instants les plus glorieux, ceux où il avait encore une vie sociale, où il avait encore une femme, des amis, une vie "ordinaire". Il se rendit compte de l'absurdité de la vie. Et de l'humanité. Il voulait sortir de ce corps, Il voulait ne plus être lui. Mais impossible. Le silence l'empêchait de mettre fin à sa vie. Il était condamné à parler aux murs, en espérant vainement quelque réponse, se parler à lui-même, sortir de ce corps -mais ne plus être lui-même- devenir quelqu'un d'autre, qui correspondrait peut-être mieux aux codes totalitaires de l'apparence, et dire enfin:


Je crains votre silence, et non pas vos injures....